Laurine

« On a appris l’Histoire sans être dans un cours ». Voici qui résume bien le voyage effectué par la classe de première STMG du lycée Notre-Dame de Guingamp, en avril dernier, sur les lieux de la Grande Guerre et dans les pas d’un soldat de Trégastel. Un voyage marquant. D’autant que le récit de Laurine, une des élèves, a remporté un prix national.

Elles n’y croyaient plus. Ni Laurine Auffray, élève en terminale STMG du lycée Notre-Dame, ni Hélène Bourdon, sa prof d’histoire. « D’habitude, les résultats du concours tombent en janvier », détaille l’enseignante. Cette année, ils ont été connus un peu plus tard. Et un dimanche de surcroît ! C’est le directeur de l’établissement qui a reçu le coup de fil annonçant que Laurine Auffray avait décroché le « prix du centenaire » de la mémoire et du civisme de la Fédération Maginot dans la catégorie lycées. « Alors, le lundi à 9 h, le directeur, son adjoint, le responsable STMG et moi-même nous nous sommes présentés dans la classe. Les élèves se demandaient ce qui se passait. Ils ont été scotchés. Puis, ils ont applaudi et Laurine est devenue toute rouge ! », raconte tout sourire la prof d’histoire, initiatrice de la participation au concours.

Dans les pas de Rolland Lissilour

Pour accrocher ses élèves, l’enseignante a misé sur une approche locale et humaine. Celle de l’histoire de Rolland Lissilour, originaire de Trégastel et mobilisé le 4 août 1914 à Guingamp, avant de se retrouver dans l’enfer des batailles du Nord de la France. Un soldat qui a manqué de chance. Ayant six enfants, Rolland Lissilour aurait dû échapper à la mobilisation, mais le décret concernant les pères de famille nombreuse est paru trop tard. L’homme est malheureusement décédé sur le front. « Le 31 octobre 1914, Rolland est blessé au ventre par une grenade à Langemark, près de Ypres. Il meurt à 2 h du matin le 1e r novembre », rappelle Laurine dans son écrit. Voilà donc toute la classe partie en avril dernier sur ses traces, direction les Hauts de France. « Cela donnait du sens au voyage », ajoute Hélène Bourdon. Pour ce faire, elle sollicite une subvention auprès de la Fédération Maginot. 1.000 € sont accordés. En contrepartie, les élèves doivent livrer un récit de voyage basé sur leur ressenti et leurs émotions.
C’est au final celui de Laurine qui sera choisi et envoyé à Paris pour la sélection nationale. Les carrières Wellington à Arras, le mémorial de Vimy, la nécropole Notre-Dame-de-Lorette sont autant de lieux que les jeunes Guingampais découvrent lors de leur périple. « Les pauvres, comme ils ont dû souffrir », s’imagine Laurine dans les carrières humides et froides, où les soldats dormaient sur des planches, faisaient leurs besoins dans des seaux ou mangeait des boîtes de conserve périmées… Devant les champs de bataille, où la verdure a, bien sûr, retrouvé ses droits, les traces de trous d’obus sont encore visibles. Laurine réalise que durant la guerre, « le paysage devait être triste, lugubre, avec des cadavres qui pourrissaient dans les trous… »

« Des tombes à perte de vue »

La dernière visite se fera à la nécropole Notre-Dame-de-Lorette, où reposent 45.000 soldats. « Des tombes à perte de vue ». Un moment très émouvant pour Laurine. « Je m’imaginais, dans ma tête, qu’à chaque tombe, il y avait un visage, un soldat qui s’est fièrement battu pour protéger notre France et nos valeurs. J’ai appris que là, se trouvaient des juifs, des musulmans, des chrétiens. Au final, ils étaient tous des hommes qui ont souffert, combattu et perdu la vie ». Les élèves retrouveront aussi la sépulture du soldat Lissilour, « tombé comme tant d’autres au front ». « En général, je ne me sens pas à l’aise dans un cimetière, mais dans celui-ci j’ai ressenti à ce moment-là de la fierté et aussi de la peine », écrit Laurine, touchée de voir que Rolland Lissilour « a perdu la vie sans avoir pu raconter ses souffrances, ses espoirs… ». Le 7 avril, Laurine, ses parents et Hélène Bourdon, se rendront à Paris pour que l’élève reçoive son prix. Un week-end pendant lequel la jeune fille sera invitée au ravivage de la flamme du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. Si on lui avait dit que les traces de Rolland Lissilour la mèneraient aussi à la capitale…

Le Télégramme