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Lors de deux ateliers (une demi-journée chacun), Achille, Anna, Camille, Coraline, Elisa, Eloise, Jade, Lise, Lola, Maïwenn, Tatiana… ont découvert un ensemble de texte dont l’incipit de la pièce « Le Fils » dont l’intervenante est l’auteure. Les élèves s’en sont inspiré pour des écritures personnelles, autobiographiques ou de fiction, en vue de la restitution du 4 avril 2019 au Théâtre du Champ au Roy (Guingamp). Ce moment était partagé avec d’autres jeunes ayant bénéficié d’ateliers avec Alice Zeniter et la Cie « Société protectrice des Petites idées ». Décidément nos élèves se sont encore brillamment illustrés , s’ils n’étaient pas là, ils nous manqueraient !

Je me souviens…

Je me souviens des jeux de foot dans la cour de l’école primaire.

Je me souviens du premier jour de collège.

Je me souviens des livres Horrid Henry.

Je me souviens des films regardés assis avec mes cousins.

Je me souviens de jouer à la ferme avec mes frères.

*
Je me souviens du jeu de dames sur la table du buffet

Je me souviens des biscuits que me donnait ma grand-mère maternelle

Je me souviens de l’odeur du café le matin

Je me souviens des cassettes du magnétoscope aux bandes encrassées

Je me souviens de la puissante odeur de la pelouse fraîchement tondue

*
Je me souviens des bras de ma grand-mère qui m’enlaçaient.

Je me souviens de moi, volant le doudou de mon cousin et riant de ses pleurs.

Je me souviens de moi dans les bras de mon père regardant les Frères Scott et Smallville dont les génériques me rendent encore folle aujourd’hui.

Je me souviens de ma maman recousant de nombreuses fois mon doudou, fatigué par le temps.

Je me souviens des deux plus belles surprises de ma vie : mes toutes premières rencontres avec mes deux petites sœurs.

*

Mon grand-père était le troisième d’une famille de sept enfants. Toute la famille parlait breton. Au moment d’aller déclarer le prénom de son fils à la mairie, mon arrière-grand-père a donné son propre nom, Jean-François. Mon grand-père ne s’est appelé André pour l’État civil qu’à ses dix-huit ans et son service militaire.

J’imagine bien l’enfant qu’était mon grand-père… Je l’imagine construire des cabanes avec ses amis. Je l’imagine aussi aider son père, à la ferme, ou aux champs. Et je l’imagine apprendre le français à l’école, pour ne plus parler breton qu’à la maison. Je l’imagine enfin raconter des âneries à ses frères et sœurs, comme quand il me dit pour rire : « Tu vois, tu es la meilleure quand tu es toute seule ».

Mon grand-père a bien failli ne pas épouser ma grand-mère. Il racontait qu’il travaillait sur des bateaux, faisait de longs voyages. Ma grand-mère ne voulait pas d’un père absent pour ses enfants. Elle lui a laissé le choix : elle, ou les bateaux. Mon grand-père a choisi de changer de travail. « Tu comprends, c’est la meilleure quand elle est toute seule ».

*
Je me souviens du pollen qui me chatouille les narines

Je me souviens d’avoir passé une nuit blanche un soir de pleine lune

Je me souviens m’être trompée de train pour aller chez mes grands parents

Je me souviens avoir pris la fuite par la fenêtre de ma chambre

Je me souviens avoir cru que mon père était le père Noël

Je me souviens m’être cassée la dent parce que je pensais que j’étais un singe

Je me souviens de l’odeur de cramé quand ma mère cuisinait

*
Je me souviens d’avoir volé une robe de Barbie à la garderie et que personne ne l’a su.

Je me souviens d’un chat trouvé au bord d’une autoroute.

Je me souviens d’avoir recueilli ce chat.

Je me souviens du départ d’Emmanuel, mon plus grand frère.

Je me souviens de mon deuxième frère rasant mon grand-père.

Je me souviens de la mort de mon grand-père et de notre tristesse.

Je me souviens de la communion de Raphaël.

Je me souviens de ma communion à moi.

Je me souviens de la première fois où j’ai monté un poney.

*

Mon grand-père, Mervyn, est le plus jeune de sa famille. Il a grandi à New Milton avec ses parents et son frère dont je ne me souviens plus du nom. J’imagine assez bien l’enfant qu’était mon grand-père, il allait au parc, à la plage ou en ville avec ses amis. Je l’imagine content de se réveiller avec une barre de chocolat sous son oreiller. Il me dit : “ We would even get a mars bar if we’d been really good that week. ”. Mon grand-père me raconte des histoires de quand il travaillait à la gare ou quand il tenait un petit magasin de fruits et légumes avec ma grand-mère.

*
Je me souviens des docteurs en blouse blanches.

Je me souviens du long tunnel imposant, blanc et bruyant de mon premier IRM.

Je me souviens de l’odeur de l’hôpital.

Je me souviens des psys et de leurs pensées .

Je me souviens de l’ombre et de la voix que j’entendais la nuit dans ma chambre et qui murmurait des choses aussi sombres que ma chambre.

Je me souviens aussi de la couleur bleue de la salle de maths que je détestais tant.

Me acuerdo de las idas al oxxo polar

Me acuerdo de la barba que pica de mi papa

Me acuerdo de los trabajos que olian mal en kumon

Me acuerdo de mi mejor amiga verito

Me acuerdo de Vinedos cuatro casa veintiocho

Me acuerdo del sabor de los chilaquiles de mi abuelo

Me acuerdo de la textura de la magnesia en gimnasia

Me acuerdo, me acuerdo ya se me olvido.

*
Je me souviens des retrouvailles familles-amis pour les 60 ans de mon grand-père

Je me souviens du 18 mars 2017

Je me souviens du premier match du PSG que jai été voir au Parc

Je me souviens aussi de ma 1ère Coupe Du Monde

*

Mon grand-père était le dernier enfant de la famille. Le prénom de l’aîné ne m’a pas marquée. Mais la famille a été chagrinée par la mort du 2ème enfant. Je ne crois pas qu’il ait eu de nom. Puis, mon grand-père est né. Il s’est prénommé Bernard.

J’imagine assez bien l’enfant qu’était mon grand-père. Grâce au caractère qu’il a acquis une fois arrivé adulte, je peux l’imaginer aider à la ferme son père qu’il respectait tant… Il avait une admiration sans borgne pour cet homme qui avait force et courage. Et j’imagine que les soirées, après l’école, à la ferme, devaient être difficiles. Rentrer le fumier, les vaches, nettoyer la cour. C’était une autre génération…

Mais, sous ses airs de paysan, mon grand-père avait un rêve… Il a failli devenir gardien de but professionnel. Il était connu dans tous les environs. Les gens le voyaient grandiose, son père le voyait ridicule.

« C’était la vie à l’époque, disait mon grand-père, le fils de paysan devait rester paysan. Je devais être là pour la ferme, pour mon père. Mes ambitions passaient après. »

Des amis de jeunesse me racontaient qu’aucun ballon ne passait dans les filets de la cage. Il s’amusait à plonger, bloquer, relancer et encourager ses coéquipiers. Un jour, des recruteurs se sont installés sur chaque côté du terrain de la petite commune. Mon grand-père fut repéré. Mais, sa seule réponse était la « responsabilité dans la ferme ». Depuis ce jour-là, mon grand-père a vécu avec des regrets et a oublié ses rêves.

Quelques années plus tard, il a rencontré ma grand-mère, et a travaillé sur les bateaux de commerce. Il a voyagé à travers le monde : Afrique, Norvège, Asie… Un jour, lorsque mon grand-père était au Japon, le téléphone a sonné. En pleurs, il a appris la naissance de son fils, Mickaël. « J’ai atteint mon seul souhait : celui de devenir père », a dit mon grand-père.

Mon grand-père a transmis sa passion du football à mon père. Ainsi, les regrets n’existaient plus. Ils se transformèrent en un lien entre le père et le fils.

*

Je me souviens des vacances que je venais passer en Bretagne

Je me souviens de mes premières vacances au ski

Je me souviens des grandes fêtes, mariages et baptêmes du côté de la famille de mon père

Je me souviens de la naissance de mon frère

Je me souviens de la première fois où jai mangé des gâteaux arabes

Je me souviens des après-midi à faire des crêpes et des galettes avec ma grand-mère

*
Je me souviens de mes parents, annonçant l’arrivée d’une 2e petite sœur.

Je me souviens des jeux et des rires dans la cour, à l’école primaire de Bourbriac.

Je me souviens des sourires de ma petite sœur bébé, quand je riais avec elle.

Je me souviens du premier Harry Potter que j’ai lu, acheté par mon père, en CM1

Je me souviens de faire de la luge, dans le jardin recouvert de neige froide et blanche.

Je me souviens de mon entrée au collège, et de la peur de l’inconnu.

*

Mon frère était le deuxième de trois enfants. L’aîné s’appelait Emmanuel et avait 7 ans de plus que lui. La cadette, moi, j’ai 4 ans de moins que lui.

Ma mère a appelé mon frère Raphaël en premier prénom mais il en possède quatre : Raphaël (son prénom), Gaël (le prénom de notre mère), Daniel (le prénom de notre père) et Ange (car il ne bougeait pas pendant la grossesse). S’il avait été une fille, ma mère l’aurait appelé Esméralda, car elle écoutait beaucoup la chanson Belle de Notre Dame de Paris avec Garou. Malheureusement, notre père ne nous a pas reconnu et nous avons grandi sans père.

J’imagine très bien l’enfance de mon frère grâce aux dires de ma mère. Mon frère a appris à marcher à 9 mois et à monter les escaliers debout à 11 mois, c’était un enfant hyperactif. Ma mère m’a souvent raconté les bêtises de Raphaël : un jour ma famille allait au Mont Saint Michel (je n’était pas née) et il a pleuré tout les temps du trajet. Arrivé là-bas il dormait. Un autre jour, il a pris un marteau et a cassé chaque phare de la voiture ; il a également versé un produit chimique dans la réserve d’eau. Il mangeait tout ce qu’il trouvait : de la craie, des croquettes pour chien (d’ailleurs quand j’étais petite il m’en a fait manger, je n’avais pas trouvé ça mauvais). L’anecdote qui me fait le plus rire, c’est la fois où il s’est enfoncé un cornichon dans le nez et a dû aller à l’hôpital pour l’enlever. Mais il a également été harcelé pendant toute sa scolarité (en commençant par la primaire), parce qu’il était roux.

Malgré nos quelques disputes, nous sommes très proches, depuis que je suis toute petite il m’appelle « la naine/la petite naine » et j’aime bien ce surnom mais uniquement venant de lui.

*
Je me souviens qu’on ne devait pas traverser la grande route

Je me souviens qu’il faut toujours une amie quand on veut faire le grand écart

Je me souviens du goût du sel à la plage des Rosaires

Je me souviens de m’être réveillée dans une baignoire

Je me souviens des nombreuses chutes de mon lit en pleine nuit

Je me souviens d’avoir fait un exposé sur les nains pour prouver que je n’étais pas si petite

*

Je me souviens d’Anna, courant à toute allure vers le bac à sable pour une fin en grand écart à travers mes yeux émerveillés jusqu’au CRACK ! de son short.

Je me souviens de moi, regardant Pocahontas, chantant « l’air du vent » et imitant par la suite cette princesse en me promenant avec un panier sur la tête.

Je me souviens de moi et ma sœur tombées dans la mer, trempées et dépitées.

Je me souviens de moi, disant aux personnes de mon entourage, « MARGAUX EST MA SOEUR JUMELLE ! », malgré les 4 années qui nous séparaient !

Je me souviens de ma petite sœur Marion, s’asseyant sur l’aspirateur où l’air chaud sortant du ventilateur soulevait ses cheveux fins.

Je me souviens des histoires de mon Papi, des longues discussions qui m’ont permis de grandir.

*

Ma mère était la cadette de 3 enfants, le plus grand étant Stéphane et la benjamine Charlotte. Ses

parents avaient emménagé dans la cambrousse profonde. Ils étaient passés de la capitale, ville-lumière charmante et romantique à un patelin perdu qui empestait la boue sèche et les potins de vieilles. Dans une maison présumée réputée hantée ils ont posé leurs bagages et la vie a suivi son cours immuable.

J’imagine assez bien l’enfant qu’elle était. Elle m’a raconté qu’elle devait aller au catéchisme en vélo mais qu’elle préférait plutôt faire un tour en ville. « Je ne recommencerai pas » disait-elle.

Il y a aussi la fois où elle perdit son sac de cours flambant neuf le jour de la rentrée, qui fut retrouvé trois mois plus tard par la boulangère du village. « Je ne recommencerai pas » disait-elle. Elle m’a aussi raconté la fois où elle a glissé dans la salle de bain et a failli y passer : « Je recommencerai vraiment pas cette fois » a-t-elle dit.

*

Je me souviens de mes vacances passées au Beausset

Je me souviens du jour où j’ai adopté mon chien

Je me souviens des week-ends passés chez ma grand-mère à Brest avec ma cousine

Je me souviens des journées au zoo avec mes parents quand j’étais petite

Je me souviens du jour où j’ai commencé l’équitation

Je me souviens de ma chute dans les escaliers

Je me souviens du jour où j’ai vu pour la première fois la Tour Eiffel
*
Je me souviens des ballades dans les bois en famille, le dimanche matin.

Je me souviens des beignets sucrés du vendredi soir, avant d’aller à la bibliothèque.

Je me souviens des après-midi au cinéma, avec des amies.

Je me souviens du stress, des contrôles, du brevet.

Je me souviens de l’entrée en première littéraire

*
Texte « Je me souviens » en japonais (image)

Mon arrière grand-mère n’avait pas de famille de sang française. Elle venait de l’Europe de l’Est et avait été abandonnée en France, et la lettre qui l’accompagnait disait qu’elle n’avait plus aucune famille dans son pays d’origine, à cause de la guerre. Elle était donc seule. Mon arrière grand-mère s’appelait Anastasia. Mais à cause de la guerre, son père adoptif devait cacher ses origines. Il l’a alors baptisée Ana. Tout simplement Ana. Alors on l’a tous appelé comme ça. Jusqu’à la fin.
J’imagine assez bien Ana quand elle était plus jeune. Quand j’ai lu son journal, j’ai vu que c’était le genre de petite pourrie gâtée que personne n’aime. Elle obtenait tout ce qu’elle voulait. Poney, check ; maison de poupée, check ; fils du voisin, check. Elle était égoïste et hypocrite. Mais c’étaient ses seuls défauts. Ana, elle était belle et intéressée. Et de ce qu’on m’a dit, elle dansait merveilleusement bien, et la danse était innée chez elle. Mais elle ne voulait pas aller dans une école de danse. Et pas dans une école supérieure non plus.
Ana, elle failli entrer dans une grande école, mais elle ne le souhaitait pas, et elle séchait souvent les cours. Elle s’est rapidement fait renvoyer de l’école. Elle ne l’a jamais regretté. Puisque « si je ne veux pas, je ne veux pas. ». Ana a toujours dit ça, depuis sa petite enfance. Ça faisait rire les gens.

Elle a participé à une manifestation un jour. Et elle a assumé ses origines malgré les tensions et a manqué de se faire arrêter. Mais Ana avait un fort caractère et puis, si elle ne voulait pas…
Maman m’a dit qu’Ana ne voulait jamais d’aide, qu’elle ne voulait pas aller en maison de retraite, qu’elle ne voulait pas de mari, pas d’enfant non plus. Et pourtant, je suis là. Parce qu’un jour, Ana elle m’a dit « Des fois quand je dis que je ne veux pas, ben j’aimerais bien. Mais je ne le dis pas. »
Du coup, je me dis qu’elle aimerait bien au fond, que je parle d’elle. Et qu’elle se fasse connaître dans un monde autre que les tutus, les projecteurs, et les chaussons à pointes dures.

*

Je suis (1)
FER

Je suis l’enfant de la Femme Qui Soigne par les Plantes,

la Femme qui a été brûlée sur la place du marché à Barcelona

Je suis sa fille, et j’ai été vendue le 9 août 1544.

Des hommes m’ont achetée, car mes longs cheveux étaient de couleur corbeau.

Pour savoir si j’étais aussi une sorcière, on m’a brûlé au fer

Je n’en étais pas une.

J’ai des marques à vie. Excusez-moi.
Anniversaire

Je suis l’enfant qui est né un 29 février 2000 en Fance. Je n’ai pas eu le choix, ma mère non plus d’ailleurs. Je fête mon anniversaire tous les quatre ans, aujourd’hui j’ai donc deux ans au lieu de huit. Excusez-moi.
Bras

Je suis Mathis

Le petit Mathis qui est né sans bras

Le petit Mathis, né sans bras sous les effets de ces pesticides qui ont fait souffrir ma famille et ma vie

Je suis le petit Mathis qui est né dans le Morbihan, le 27 avril 2012.

Ce sont Monsanto, Bayer, ces lobbys, ils mentent, quoi de plus naturel ? Le monde ne peut pas vivre sans eux.

Ils nous ont raconté ça, ils m’ont raconté ça, c’est tout.

Quoi de plus naturel, excusez-moi.

 

Tu voudrais…

Tu voudrais dire quelque chose, ne pas laisser ce silence pesant s’installer entre elle et toi. Mais tu n’oses pas. Ou plutôt tu ne sais pas. Tu ne sais pas quoi dire pour reprendre la conversation entre vous.

Mais elle non plus ne dit rien. Et l’air s’épaissit encore, il devient tellement dense qu’il te paraît solide. On entend les mouches voler dans l’air dans ce mercredi d’été. Dans le salon, le tic tac de l’horloge résonne une cloche à travers le silence qui dure…

Tu pourrais lui demander si elle veut sortir ? Non, ça ressemble trop à un rencart… Comment va sa famille ? Ça fait déjà 20 minutes que vous en parlez… Il fait beau non ? Là, elle va savoir que tu n’as vraiment rien a dire…

Mais au lieu de te poser toutes ces questions inutiles, vas-y : prends ton courage à deux mains et brise enfin ce silence oppressant qui vous sépare !

Finalement, un simple : « tu te souviens du voyage à Paris il y a 2 ans ? » et la conversation repart. Comme si ce moment étrangement gênant ne s’était jamais produit.

*
Tu voudrais te réveiller, tu voudrais arrêter de courir. Mais tu continues et tu avances vers une forêt, tu es suivie, tu viens de t’en rendre compte. Tu te retournes, c’est une silhouette, un homme, tu ne vois pas son visage. Le plan change. Tu te vois courir sur un pont, tu te rapproches de la forêt. Le soleil se couche et le paysage est magnifique, seulement tu es suivie. Tu es devenue l’observatrice impuissante de ta propre mort. Le plan change. Les larmes coulent sur tes joues, ton cœur te fait mal et tu as peur de te retourner, il court trop vite. Il est là. Avance ! Le plan change. Tu te vois entrer dans la forêt, il est juste derrière. Tu t’es cachée derrière un arbre mais il te voit pauvre idiote, tu le sais mais tu n’y peux rien. Le plan change. Tu ouvres les yeux, il est là. Il te touche, il pue, tu vomis impuissante. Réveille-toi !

*

Tu voudrais…

Tu voudrais que les gens se respectent, qu’ils évitent la moquerie envers autrui. Tu voudrais ne plus ressentir ce sentiment de peur lorsque tu franchis les barrières de ce lieu.

Toutes les personnes présentes dans ce couloir de l’enfer te jugent et te pointent du doigt . Pourtant tu n’as rien fais !

Tu voudrais avoir des amis avec qui partager ton bonheur, tes peines et tes doutes. Mais tu es seule, sans personne, renfermée sur toi-même.

Tu voudrais être intégrée dans ce lycée et pouvoir y vivre de belles choses comme tout le monde.

Tu as réussi à en avoir une amie, cependant,le fait d’être mise à l’écart l’a gênée. Elle partie et t’a donc laissée seule.

Les personnes face à toi dans ce bâtiment ne se préoccupent de savoir si tout va bien pour toi, ni de savoir comme tu vis tout cet éloignement car les égoïstes qu’ils sont préfèrent penser à eux et à leur petit bonheur.

Tu voudrais ne plus avoir cette sensation d’être une étrangère dans ce lycée mais, tu sais pourtant que cela est impossible et surtout trop tard.

*

Pas là

Je ne suis pas encore un enfant, je suis dans le ventre de cette femme qui me porte en elle.

Elle ne m’aime pas je le sens, je sens le Ricard et la vodka dans ma bouche pas encore développée, je sens les taffes de cigarettes et de joints qui se suivent un à un

Je sens les grosses mains de ces hommes se poser sur elle.

Excusez-moi si je ne veux pas vivre tout cela.

Excusez-moi si personne ne m’aimera.

Porte

Je suis l’enfant de Bretagne, qui s’est fermé la porte sur le doigt. J’ai perdu mon ongle.

Excusez-moi.
Crottin

Je suis l’enfant qui admirait les chevaux du centre équestre. Un cheval un peu fougueux m’a poussé et je suis tombé dans le tas de crottins.

Riez de moi.
L’escalier

Je suis l’enfant qui a été battu pendant huit ans. Tout cela se passait dans ma maison où j’étais censé être à l’abri. Le violent m’a poussé dans les escaliers et j’ai perdu la vie d’enfant que je menais. Maintenant je ne suis plus que peur et angoisse.

Excusez-moi.

Tu voudrais (2)

Tu voudrais t’en aller de ce maudit festin d’ogres, de ces conversation creuses à n’en plus finir, de ces heures de commérage perdues.

Les doyens en bord de table sont dans des sièges démesurément grands. Leur graisse dépassent des accoudoirs. Les autres de la famille sont placés le long de la table. Ils sont atrocement laids. Des petits tassés, des grandes aux long cous, des pitoyables maigrelets. Ils mâchent, critiquent, mastiquent et critiquent encore et toujours les habitants de leur village, du premier jusqu’au dernier. Les minables, les comptables, des normaux jusqu’aux poivrots.

Tu voudrais élever le débat, parler d’art, du jardin, de politique : Ah ! Mais la politique, parlons-en ! Quelle bonne idée !

Tu comprends que tu aurais mieux fait de te taire.

Le boucan est atroce : Ils hurlent et ricanent grassement, la cocote minute siffle, la télé devant le JT de Pernaut est réglée au maximum et les bruits de mastication t’horripilent. Les plats défilent en ribambelle tout cela en hurlant et pestant contre les socialistes. Ils font un vacarme d’épouvante, les plats s’entrechoquent, la nourriture de ces bons vivants leur glisse entre les dents. La nappe d’un jaune ignoble est tachée de tous parts. Le jaune ocre délavé s’est mué en taches de vinasse, de pot au feu raté et de riz au lait brûlé. Ces êtres te font peur.

De 11h à 18h le calvaire continue sous la lumière tremblotante du lustre. Les plats défilent les uns après les autres. L’odeur de graillon de la cuisine te brûle les narines. L’odeur de cigarettes toutes fumées en même temps te fait tourner la tête. La salle à manger avec ces affreux tableaux, ces tapisseries atrocement bariolées de couleurs fades et son mobilier clairsemé de napperon fuchsia t’agacent toujours. D’un seul coup tu te sens tomber de ta chaise et tu glisses dans un trou sans fond. Tu te réveilles dans ton lit et entend la voix de ta grand-mère qui crie : Dépêche-toi de t’habiller, je te rappelle qu’on a un repas de famille ce midi.

*

Tu voudrais tout lui dire, le pourquoi tu vas pas bien, le vrai pourquoi, mais tu ne peux pas, tu as peur d’embêter les gens, peur de paraître ridicule, peur de raconter ta vie.

L’amie est dans le canapé gris du salon, assise à regarder par la fenêtre les herbes qui dansent devant ses yeux à cause du vent.

Tu voudrais lui parler de tout ce que tu as vécu, les raisons pour lesquels tu es comme ça aujourd’hui, ce qui fait de toi ce que tu es, le caractère qui t’accompagne continuellement dans ta vie.

Tu as essayé, de temps en temps, tu as dis une fois “Un jour je te raconterai”. Mais ce jour n’est pas encore arrivé.

Ton amie se lève, son regard n’est plus penseur, elle vient s’assoir à côté de toi, te regarde seulement de temps en temps dans les yeux. Tu lui demandes ce qu’il se passe, si elle va bien, puis elle commence à te raconter son histoire. Tu te concentres attentivement pour écouter ce qu’elle te dit, c’est important, tu devras l’aider après, tu le sais. Et puis plus elle parle, plus tu te dis que tu la comprend, que tu as déjà vécu ce qu’elle vit, que toi aussi tu étais anéantie, que toi aussi tu as dû surmonter ces moments, que tu ressens ce qu’elle ressent. Tu te dis ça soudain.

Si elle ne t’avait pas raconter son histoire, tu n’aurais pas sû que, enfin de compte, vous êtes pareils. Tu  n’aurais pas pû la comprendre. Mais grâce à elle tu sais ce qu’elle vit, tu sais que tu as déjà vécu cette situation, alors tu peux l’aider et la conseiller.

Sans elle, sans son histoire, tu n’aurais pas sû que tu n’étais pas seule.

Tu as envie de tout lui dire alors, mais tu t’arrêtes et tu réponds, tu l’aides avec joie et tu fais tout pour qu’elle soit heureuse. Et à la fin, tu rajoutes un : “un jour je te raconterai”.

L’amie s’est rassise dans le canapé, avec un petit sourire, tu te demandes si tu as réussi à l’aider, puis elle regarde de nouveau les herbes dansant dans les vents d’automne.

*

Caméras

J’étais la petite fille prise de pitié par le monde entier.

J’étais la petite fille prise de pitié sous les nombreuses caméras de ces journalistes.

Je suis cette petite fille, emprisonnée dans un mélange de laves et de débris.

Je suis cette petite fille, emprisonnée après la catastrophe qui est arrivée en Colombie, mon pays.

Je suis la petite fille, sans famille, souffrant, pleurant sous ces nombreuses caméras.

Je suis Omayra Sanchez, j’avais encore 13 ans, ce 13 novembre 1985.

Je suis morte au bout de trois jours et trois nuits, excusez-moi.
Jambes

Je suis le garçon toujours assis. En promenade au bord de la Seine au milieu du mois d’août ou sur les bancs de l’école au mois de septembre. Je suis celui qu’on regarde de travers parce qu’il ne se lève pas. Je suis le garçon amputé aux genoux, excusez-moi.
Scalpel

Je suis la fille qu’un scalpel a mutilé. Je suis une fille d’Inde comme il en existe plein d’autres au XXIème siècle. Je suis une fille a qui on a retiré un petit bout pour que jamais elle ne ressente du plaisir. Papa Maman, excusez-moi, je suis la fille au scalpel.

Cutter

Je suis la fille qui a répondu à Sophie, le mois dernier. Je suis la fille qui ne s’est pas laissée intimider sur internet. Je suis la fille qui lui a dit que dans cette histoire, c’était elle, la méchante. Mais aujourd’hui, je suis la fille qui est à l’hôpital après avoir reçu 4 coups de cutter de la main de Sophie. Mais aujourd’hui, je suis la fille qui se demande si elle n’aurait pas mieux fait d’ignorer ces remarques blessantes. Excusez-moi d’avoir réagi.

Vous le savez … ? (1)

Vous le savez, ce que c’est de vivre en pleine campagne ?

On me parle toujours du calme de la campagne.

Avez-vous déjà vécu à la campagne ?

Quand on dit campagne, les gens pensent silence et calme, mais en réalité il y a constamment le bruit des vaches dans le champs voisins, ou les tracteurs de la ferme d’à coté qui font du bruit jusqu’à minuit, ou sinon le son des éoliennes qui tournent toute la nuit avec leur lumière rouge.

Il n’y a jamais de réseau ou de wifi. Vous voulez regarder une vidéo ? Non, pas possible.

Vous le savez, ce que c’est de vivre en pleine campagne ?

*
Vous le savez, ce que c’est d’être noire ?

Moi je le suis.

Dès les premières classes en primaire j’étais la source de curiosité et de questionnements des autres élèves de 6 ans: « Pourquoi tu es toute foncée ? Et ta maman elle est de quelle couleur ? Et est-ce que tu peux avoir des coups de soleil ? »

Et je répondais calmement, sagement comme mes parents me l’avaient appris: « Je suis de couleur noire car je viens d’Ethiopie. Et non ma maman n’est pas bleue. Et oui je peux avoir des coups de soleil si je m’expose trop ».

Aux anniversaires je n’étais pas invitée car la maman de la petite Adèle ne le souhaitait pas, et je sentais la déchirure et l’injustice dans mon coeur de petit enfant…

Les questionnements sont toujours présents même bien après, au collège ou au lycée: « Et t’aime le poulet toi nan ? Et comment tu fais pour laver tes cheveux, ça fait comme une éponge nan ? ».

Alors elle le prend à la rigolade et l’autodérision sera sa meilleure amie.

Elle apprend des autres, de leurs bêtises, de leurs questions parfois étonnantes mais surtout drôles. Elle se nourrit de ça et a grandi, mûri et s’est forgé un caractère.

Croire que l’on est à part car les autres font de vous quelqu’un de différent est une erreur, faites de vous quelqu’un d’unique et vous serez une chance pour les autres.

Vous le savez, ce que c’est d’être noire ?

*

Vous le savez ce que c’est, d’être bisexuel ?

J’étais avec ma meilleure amie avant. Celle à qui j’avais tout confié, celle qui a tout brisé.
On parle souvent des homosexuels, des transsexuels et des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. On ne parle pas assez des bisexuels, des asexuels et des mêmes soucis qu’ils rencontrent. Des problèmes qui laissent des marques aussi bien mentales que physiques.
Ces problèmes vous les connaissez ? Vous en avez été témoins ? Victime ? Provocateur ?
Cette fille, nous l’appellerons Gwenn. Gwenn, c’était ma meilleure amie, c’est vite devenue ma copine.

Je l’aimais tellement. Je la désirais, la dévorais chaque jour des yeux, je voulais passer chaque moment de ma journée avec elle. Je voulais l’avoir pour moi seule tout le temps. Je la trouvais si belle, si… intelligente et merveilleuse en tout. Je l’aimais vraiment. J’aurais donné ma vie pour elle. En fait, je n’en étais pas amoureuse. J’en étais obsédée. Je ne suis pas capable de ressentir d’amour. Ou un amour toxique. Je la désirais chaque jour, personne d’autre à part moi ne pouvait la toucher. Je la sentais avec moi. Je pensais à elle tout le temps. Je refusais qu’elle côtoie d’autres filles ou d’autre garçons. Je refusais. Je la tenais. Ou je le pensais. Je pensais que je la tenais pour moi. Mais j’avais tort.

Chaque jour, je me mettais juste un peu plus à nu devant elle, et elle restait habillée sans que je m’en aperçoive vraiment. Je lui avais tout confié, et elle me disait seulement des choses. En fait, elle ne l’était pas. Elle n’était ni bi, ni lesbienne. Elle ne voulait juste pas me blesser. Mais elle a fait bien pire. Après notre rupture, j’ai souffert de douleur, j’étais inconsolable, j’étais brisée. Je n’avais pas la force de retourner en cours après avoir vécu ça. Mais je ne savais rien de ce qu’il se passait pendant mes absences à l’école. Et un jour, on m’a obligée à y retourner. Alors j’y suis allée. Et j’ai souffert. Longuement. Ma souffrance était longue. Longue et douloureuse. Une agonie. J’agonisais. Et personne ne le voyait.
Elle ne disait rien. Elle se taisait et laissait les autres deviner. Elle avait quelqu’un qui l’appelait « amie ». Ce garçon, il était gay. Et tout le monde le savait. Et lui, contrairement à elle, il n’a pas souffert comme elle. Les gens de son école la persécutaient, se moquaient. Mais à lui, on ne disait rien. Parce qu’il savait. C’était normal qu’il sache. Mais elle, on pensait qu’elle ne savait pas. Elle aimait les deux, donc c’était une idiote qui ne savait pas faire la différence en un garçon et une fille. On ne peut pas trouver les deux attirants. Alors on se posait des questions. « Peut-être qu’elle a un vagin ET un pénis. Sinon c’est impossible. ». A elle qui n’avait rien demandé, on lui avait touché la poitrine. Parce que « on sait jamais ».
Vous le savez ce que c’est, d’être bisexuel ?

*

Blessures

Je suis l’enfant brûlé par le napalm au Vietnam en juin 1972

« Je suis la petite fille de la photo »

J’essaye de survivre malgré la souffrance de mes larmes

Les pleurs coulent sur mes joues

J’ai perdu ma famille, mon foyer, ma Vie

Merci mes blessures, mes très douces blessures.
Palmier

Je suis une fille d’un petit village d’Afrique, c’est un homme d’un grand village voisin. Je suis une fille de 14 ans, c’est un homme de 46 ans. Je suis une fille mineure, c’est un homme majeur. Je lui ai dit « non », il a répondu « oui ». On s’est mariés sous un palmier, j’ai été violée, excusez-moi.

Haine

Je suis l’enfant qui a cru a son génie mais que la chance n’a pas suivi. Mon père m’a battu et l’échec de mon entrée aux beaux arts a assombri mon âme et l’a gorgée de haine. Marche après marche, j’ai grimpé l’échelle sociale pour arriver au sommet : Chancelier Allemand. Ma haine bouillonnante devait s’écraser sur les différents, les anormaux, les inférieurs. Il fallait les abattre comme mon espoir, abattu il y a bien longtemps. Ne m’excusez pas.

Vous le savez … ? (2)

Vous le savez ce que c’est d’être une hémorroïde ?

Je passe ma vie dans un couloir sans fin, m’habituant du mieux que je peux aux différentes odeurs et au manque de lumière. M’accoutumant de chaque passage, qu’il soit mou, liquide ou dur. Chez certains je reste longtemps, très longtemps… trop longtemps. Mais ce n’est pas ça le pire, nan le pire c’est les périodes de gastro. Et quand je dis gastro je ne parle pas du bon plat gastronomique qu’un riche milliardaire aurait mangé entre deux coupes de champagne, non non je parle du virus qui enflamme les estomacs et les intestins en laissant un petit cadeau au passage. Ce n’est pas non plus très agréable quand mon porteur est constipé, le manque de passage m’assèche et je me déshydrate. Parfois pour me venger de quelques titillements rugueux et secs d’une feuille de papier toilette bien mal placée, je m’amuse à taquiner mon habitat pour que les démangeaisons s’accentuent au point qu’il en a la bougeotte. Pour moi les meilleurs moments sont quand j’offre à la personne qui m’héberge des spasmes si intenses qu’il finit par se gratter la vallée en public. C’est ma vie d’hémorroïde, je gêne.

Elle vit sa vie pleine d’intempéries en attendant que les jours passent. L’hémorroïde fait de votre anus un squat, mais il se pourrait qu’avec quelques mots polis, de sa présence elle vous fasse grâce.

Vous le savez ce que c’est d’être une hémorroïde ?

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Vous le savez ce que c’est d’être en littéraire ?

Moi j’y suis.

On parle souvent du bonheur d’être dans la section que l’on souhaite. On parle rarement des déchirures. Moi je suis en littéraire et je peux témoigner de ce que je subis au quotidien. Presque tous les jours on m’interpelle pour avancer à mon égard des remarques désobligeantes visant à être comique mais qui, au final, sont aussi pénibles qu’un thriller dont on aurait arraché la dernière page. D’autant plus que nous manquons cruellement de considération.

Nous sommes montrés comme des gens bizarres aux cheveux multicolores. Nous sommes montrés comme les idiots du village, des moins que rien qui vivrons dans des cartons et qui mourrons du tétanos à cause des pics de seringues sous un pont en ruines. Cependant l’autodérision n’a jamais tué personne. Alors autant prendre cela à la rigolade.

Vous le savez ce que c’est d’être en littéraire ?

*

Je me souviens

Je me souviens de mon premier jour d’école

Je me souviens de la naissance de mon frère et de mes sœurs

Je me souviens de mon premier vrai livre de grande. C’était Harry Potter à l’école des sorciers, c’est ma saga préférée.

Je me souviens d’un de mes poissons rouges, Maurice, que mon chat a dévoré.

Me acuerdo de mi mejor amiga verito.

Je me souviens de mon premier jour de classe, seule, perdue mais à la fois impressionnée par ces géants et ces grands espaces qui m’entouraient.

Je me souviens de ces larmes qui coulaient lors de mon dernier championnat de France de Twirling.

Je me souviens du concert de Sam Smith.

Je me souviens de mes vacances à la Réunion

Phrase en japonais

Je me souviens de mes premiers après midi à la plage

Je me souviens avoir lu et relu les Harry Potter chaque année depuis mes 8 ans

Je me souviens la fois où papa a oublié de me rattraper alors qu’il me lançait en l’air pour jouer

Je me souviens de mes chutes parfois douloureuses.

Je me souviens de mes premiers examens médicaux.

Je me souviens des galas de patins.

Je me souviens de ma passion pour les dessins animés comme Beyblade et Pokémon.

Phrase en espagnol

Je me souviens d’écouter des Cds de rock avec mon père.

Je me souviens de mon premier entretien professionnel.

Je me souviens d’apprendre à conduire le tracteur dans mon jardin.

Phrase en japonais

Je me souviens la première fois que je t’ai vu, que je t’ai parlé.

Je me souviens de moi, rentrant dans la classe de 1L pour la première fois

Je me souviens du premier, et du dernier “Je me souviens…”

Et je me souviens de maintenant, de l’instant présent.

 

Marina Chassan et JM Gauden.