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Comment l’Institution Notre Dame a t-elle vécu la période de l’Occupation ? La cohabitation avec les Allemands a-t-elle été mouvementée ? Comment s’est déroulée la Libération de Guingamp ?

Une guerre rapide

Le 3 septembre 1939, suite à l’agression de la Pologne par Hitler, la France ainsi que l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne. Les Français se placent derrière leur ligne Maginot, et attendent. Pendant sept mois, il n’y a pas de combat. Les Français attendent les Allemands, durant une période qu’on nommera « la Drôle de guerre ». Le 10 mai 1940, Hitler envahit la Belgique et contourne la ligne Maginot. La France est écrasée, et le 22 Juin 1940, Pétain signe l’armistice entre la France et l’Allemagne.

Les Allemands à Notre Dame ?

La ville de Guingamp, quant à elle, est envahie le 18 Juin 1940. Les élus, pour éviter un massacre inutile décident de déclarer la ville comme ville ouverte, et de permettre aux Allemands d’y rentrer librement.

L’Institution Notre Dame est alors réquisitionnée par les Allemands dès l’été 1940 ; en effet, ils ont besoin de place pour leurs régiments d’infanterie. L’établissement devient alors une véritable caserne : un hôpital militaire est installé dans le bâtiment Nord, un bureau postal est ouvert au rez-de-chaussée du bâtiment Sud. Un mirador est construit sur le bâtiment Nord. L’accès à la cour est bloqué par des sentinelles.

Un drapeau à croix gammée est installé à l’entrée de l’établissement.

1940-1944. Des années difficiles, une cohabitation compliquée

Très vite apparurent les dangers de la « cohabitation » entre occupant et occupés. Les Allemands commencent à soupçonner que l’Institution Notre Dame ne les apprécie pas.

Et c’est en effet le cas.

L’incident de la cloche

Il nous est raconté par Monsieur Le Jeanne, ancien élève à cette période : « une cloche était accrochée sur la façade du bâtiment des Capucins. Comme dans toutes les écoles de France, elle réglait la vie des collégiens : classe, étude, récréation… Fréquemment, des soldats allemands, revenant d’une sortie nocturne trop arrosée, faisaient bruyamment tinter cette cloche. Le bruit intempestif produit réveillait la maisonnée où logeaient, à cette époque, les professeurs et de nombreux pensionnaires. Excédés, quelques grand élèves ou… des professeurs prirent l’initiative de décrocher la corde puis de la tremper généreusement dans la fosse d’aisance.

Le soldat allemand qui, au retour d’une escapade nocturne, se plia au « rituel de la cloche », dut sur le champ, comprendre et même sentir que son geste n’était pas du goût des élèves de l’école. Au delà de ces incidents mineurs, l’Institution Notre Dame eut à vivre des situations bien plus graves, qui mirent en péril notre vie, comme celle des professeurs ».

L’histoire des petits papiers

Le bâtiment Sud, dit bâtiment Notre Dame, était accessible par un unique escalier central qui desservait les étages Est et Ouest. Les Allemands avaient pris possession de la partie Ouest. Ils avaient coupé le couloir par une cloison de bois, pour empêcher les élèves et professeurs d’accéder aux salles qu’ils occupaient.

L’abbé Le Bolloch raconte l’incident : « 1943, un soir glacial du mois de janvier, les Allemands arrivent dans l’étude des grands, vident les corbeilles à papiers, et fouillent les élèves, mais ne trouvent pas ce qu’ils recherchent. Ils disent donc aux élèves d’attendre dans la cour.

C’est là, dans le froid, que nous apprenons que des papiers insultant les Allemands ont été glissés sous la cloison qui sépare la partie occupée par l’ennemi et celle où vivent les élèves ».

Les Allemands nous mettent alors en garde : si personne ne se dénonce, treize élèves et des professeurs seront déportés en Allemagne. L’abbé Le Bolloch essaye donc de trouver une solution ; il va voir le supérieur de l’établissement, et ensemble ils décident d’incriminer deux élèves de 6ème pour détourner sur eux la colère de la Gestapo. Le stratagème marche et les Allemands sensibles à leur jeune âge et à leurs pleurs n’insistent pas. Seulement il faut trouver le vrai coupable. Les prêtres installent donc une double cloison, pour éviter que les papiers ne parviennent aux Allemands. Les prêtres font à tour de rôle le guet, puis prennent en flagrant délit celui qui fait courir des risques à l’établissement. Il s’agissait d’un élève de terminale. Celui-ci pour garder l’anonymat, se mouchait violemment pendant les repas pour saigner du nez et ensuite se rendre à l’infirmerie. En effet cette dernière se situait juste à coté de la dite cloison. Il déposait alors ses messages. L’abbé Le Bolloch concluait : « il fallut cependant calmer discrètement les ardeurs patriotiques, mais un peu inconscientes, du jeune garçon ».

La Libération de Guingamp et de Notre Dame

Les armes de Notre Dame

Les Allemands occupaient les locaux de Notre Dame depuis 1940. Ils y avaient stocké des armes et des munitions. Le 4 août 1944, les Allemands abandonnent leur position au collège pour se retrancher dans la ville. Le 5 août les choses s’accélèrent : les Américains sont signalés à Lamballe. Des renforts de Lanvollon et de Locarn se joignent aux maquisards de Coat Mallouen. 450 hommes sont prêts pour la libération de Guingamp. Mais où trouver des armes?

C’est alors que l’abbé Le Men, économe du collège, informe le chef du maquis de Plésidy que les Allemands ont laissé leurs armes et leurs munitions derrière eux dans un bâtiment. Le lendemain, trois hommes s’habillent en paysans, prennent une charrette et un cheval chez un agriculteur et partent pour l’Institution Notre Dame. Une religieuse est placée à l’entrée du collège pour faire le guet. En effet, bien que les Allemands aient quitté l’établissement, ils sont toujours présents dans la ville (il fallait en effet craindre leur retour puisque le 6 août ils reviendront récupérer un stock d’essence, mais ne chercheront pas les armes !). L’abbé Le Men ouvre le cadenas : trois mitrailleuses, 18 000 cartouches et cinq caisses de grenades sont embarquées dans la charrette. Elles sont recouvertes de fagots de bois et de paille. Les résistants traversent trois kilomètres dans la ville et remettent, à la barbe des Allemands, les armes au maquis de Plésidy.

La libération finale

Le 7 août 1944, les Alliés rentrent dans Guingamp. Des avions alliés survolent la ville et bombardent le pont Saint-Jean de la ligne de train Paris – Brest. La foule s’est regroupée sur la place de la Plomée. Les Maquisards entrent dans la ville par la rue Saint Yves et sont acclamés. Un éclaireur américain est reconnu et est porté en triomphe. Une alerte retentit alors : la foule se disperse, et des obus tombent. La flèche de la Basilique est détruite. En effet, les Américains pensaient que des Allemands se cachaient dedans. Un char américain tire dans la caserne allemande de la Remonte. Les assiégés hissent le drapeau blanc. La ville est libérée.

Sur le bâtiment du Sacré-Coeur, dans le collège, le premier drapeau français est hissé.

Une école décorée

Le 7 mai 1946, une cérémonie a lieu dans la cour de l’établissement. Ce dernier se voit attribuer la croix de guerre. Une plaque est également attribuée à l’établissement et est accrochée près de la chapelle. Nous pourrions citer une des dernières phrases; « L’Institution Notre Dame sous les balles allemandes, fut la première de Guingamp à faire chanter nos trois couleurs, le 7 Août 1944 dans un ciel victorieux et libre ».

Sources: livret « L’Institution Notre Dame de Guingamp, De l’occupation à la libération » ; « Le collège de Guingamp et l’Institution Notre-Dame 1516-1948. » De l’abbé François Dobet.

Louis Mallard, AP presse, 1ES2.